L’Afrique attire le luxe. À Paris, le 27 avril 2026 dernier, la présence d’Anne Desrumaux, Directrice Collection & Opérations Prêt-à-Porter de Balenciaga, au sein du jury d’Africa Fashion Up en a apporté une nouvelle preuve. L’accompagnement de la marque va au-delà du soutien institutionnel. Il dit tout l’intérêt grandissant des grandes maisons du luxe pour la nouvelle scène de la fashion africa.
L’évènement porté par Share Africa fait partie des programmes qui pèsent dans l’accompagnement des talents du continent. Édition après édition, sa mission s’est densifiée. Repérer de jeunes stylistes africains n’est plus le cœur de la mission. L’enjeu est ailleurs : les aider à bâtir des marques solides, prêtes à tenir face aux exigences du marché international du luxe.
Anne Desrumaux dresse la liste des expertises incontournables dans la mode de luxe
Vingt ans dans la mode haut de gamme. Un parcours dense. Avant Balenciaga, la professionnelle de mode a occupé des postes-clés chez Bottega Veneta, Loewe, Victoria Beckham, Celine, Saint Laurent, Gucci et Giorgio Armani. Son champ d’action déborde de la création pure. Développement produit, opérations, construction de marque, stratégie internationale : elle maîtrise les rouages qui font la réussite durable d’une maison.
La présence de Desrumaux au sein du jury d’Africa Fashion Up apporte justement cette grille de lecture stratégique qui manque aux jeunes créateurs africains. Il est clair que dans la mode contemporaine, le talent seul ne suffit plus. « Créer une marque, c’est aussi créer une entreprise », fait-elle remarquer dans un de ses messages forts à la réunion des membres du jury de cette édition 2026.
Aux yeux d’Anne Desrumaux, trop de designers en début de parcours sous-estiment la dimension entrepreneuriale. Une maison de couture africaine, comme toute griffe, ne tient pas debout sur la seule inspiration. Elle doit fonctionner comme une entreprise structurée, viable, faite pour durer.
Sa formule résume sa philosophie : « Créer une marque, c’est aussi créer une entreprise. »
L’erreur classique ? Vouloir tout porter seul. Très vite, il faut s’entourer : gestion, commercial, communication, distribution, pilotage de collection. Aucun créateur ne peut tenir tous les fronts en même temps. La responsable de chez Balenciaga insiste également sur trois piliers indissociables : le produit, le client, la communication.
« Le produit, c’est une collection cohérente et un positionnement prix juste. Le client, c’est la stratégie de distribution et le retail, là où la marque s’expose et se vend. La communication, elle, fait vivre l’histoire : identité, signature, désirabilité ». Avoir du talent et une vision forte ne suffit donc plus. Il faut savoir transformer cette identité en marque.
Pourquoi l’Afrique devient stratégique pour les maisons de luxe
L’engagement de Balenciaga auprès d’Africa Fashion Up dure depuis plusieurs éditions. Il ne tient pas au seul symbole. Les grandes maisons l’ont saisi : le continent est un foyer de création, d’inspiration et de croissance. Une nouvelle vague de créatrices de mode africaine et de stylistes ne se contente plus de suivre les codes occidentaux. Elle impose sa lecture, son esthétique, sa manière de raconter la mode afro. Cette singularité du african fashion style séduit les groupes de luxe.
À travers le mentorat des lauréats d’Africa Fashion Up, Balenciaga transmet ce qui se transmet rarement en début de parcours : les codes du développement produit, la vision business, la rigueur opérationnelle, la lecture des marchés.
Des passerelles concrètes se construisent entre les talents et les grandes maisons. Chaque lauréat repart avec un savoir-faire qui, ailleurs, prend des années à acquérir.
Africa Fashion Up évolue dans sa mission
Le programme porté par Valérie Ka vise désormais plus loin que la présentation de designers de mode africains à l’international. L’objectif de l’évènement de Share Africa est de faire émerger des marques pérennes, et avec elles, une industrie structurée à l’échelle du continent.
Cette session du jury a révélé les défis qui attendent aujourd’hui chaque styliste africain ou créateur en début de parcours. Il doit affirmer une identité forte, construire une maison qui tient dans le temps, et participer à la naissance de filières de mode dans chaque pays d’Afrique.
Le prochain rendez-vous d’Africa Fashion Up 2026 est fixé au 26 juin, à Paris, au Musée du quai Branly – Jacques Chirac. Le défilé y réunira les créateurs sélectionnés, les professionnels du secteur et les maisons engagées auprès de cette scène en pleine ascension.
Dans la mode, l’identité fait la différence. L’Afrique qui en possède de très fortes peut façonner sa haute couture, longtemps cantonnée à la marge, pour se propulser au centre de gravité de la mode mondiale.
De Linka TETA.






